Un expert bien brouillon

Posté par deaazf le 24 mars 2009

Mardi 24 mars, le chef du collège d’experts, Daniel Van Schendel, est venu témoigner. C’est lui qui, le 28 septembre 2001, a remis une note au parquet de Toulouse, indiquant « que l’explosion découle d’une cause accidentelle liée à des mauvaises conditions de stockage et d’hétérogénéité du nitrate d’ammonium. » Son audition n’a pas permis de comprendre ce qui l’avait poussé à une telle conclusion.  

Pourquoi Daniel Van Schendel a-t-il pensé , une semaine après l’explosion, qu’il s’agissait d’un accident ? Pourquoi a-t-il aussi rapidement écarté la piste d’un acte volontaire ? Le Président du tribunal, Thomas le Monnyer, en entendant Daniel Van Schendel comme témoin, voulait des précisions. Sur les conclusions de cette note et le contexte dans lequel l’expert a été amené à la rédiger. Un peu tassé dans sa veste grise, Daniel Van Schendel, petit homme dégarni au visage émacié, s’est donc efforcé de défendre ses premières observations et notamment celle-ci. « S’il y avait eu un acte volontaire, le tas de nitrate n’aurait pu explosé que s’ il y avait eu une amorce » est-il écrit dans sa note. Daniel Van Schendel explique donc avoir fondé son travail sur la forme particulière du cratère de l’explosion. Une forme elliptique et allongée, dissymétrique et irrégulière, qui l’a très vite interpelé. « S’ il y avait eu un explosif placé au coeur du tas, il est certain qu’on aurait eu un cratère homogène, d’une forme totalement différente », explique-t-il. Une déclaration que la défense ne tarde pas à tâcler. « Dans votre rapport du 28 septembre, il n’a jamais été question de la forme du cratère. Pas plus que de la recherche d’un détonateur » lui lance Me Courrégé. Me Forget, avocat d'une des parties civiles, s’interroge : « Comment pouvez-vous exclure autre chose que l’accident ?». Réponse évasive de Daniel Van Schendel : « Le point d’initiation n’est pas l’épicentre de l’explosion ». Même Thomas Le Monnyer s’interroge.  « Dans une affaire aussi complexe, voir les experts déposer une note si tôt (une semaine après l’explosion),cela paraît très court.  Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu être plus prudent ? » questionne le Président. Réponse de Daniel Van Schendel. « Effectivement, on s’est un positionné. On aurait pu être plus prudent ». Jeudi, l’expert viendra à nouveau à la barre. Aurons-nous plus d’explications ? 

Publié dans compte-rendu d'audience | Pas de Commentaires »

Des parties civiles en plus ?

Posté par deaazf le 15 mars 2009

Depuis l'ouverture du procès, les avocats de permanence recoivent un grand nombre de demandes de constitution de parties civiles. Des demandes souvent effectuées par des habitants de quartiers populaires.

dsc0005.jpg 

 La permanence des avocats dans la salle Jean Mermoz s'est terminée le vendredi 6 mars 

Pendant les deux premières semaines de procès, une quinzaine d’avocats ont assuré une permanence_ quatre avocats par jour d’audience_dans un  local installé à l’entrée de la salle Jean Mermoz. Rien que pour la première semaine, ils ont enregistrés 35 demandes de constitution de parties civiles. La plupart de ces demandes sont liées à l’action publique. «Il s'agit de demandes symboliques. Les gens veulent se constituer partie civile pour obtenir une réparation psychologique » explique Denis Boucharinc, avocat chargé de la permanence. « Ceux- là souhaitent voir leurs noms apparaître dans le jugement ou simplement avoir accès à la salle d’audience » continue Me Manuel Furet, délégué du bâtonnier.  

« J’ai dû payer tous les soins » 

Même si  les demandes en faveur d’une action publique représentent plus de 90% des cas, il n’en reste pas mois que certaines personnes se présentent à la permanence pour entamer une action civile pour préjudice, bien souvent physique.  « Je souffre de graves problèmes d’auditions depuis l’explosion. J’ai reçu des indemnités mais seulement matérielles » témoigne Noubi Bentaieb. « Après l’explosion, j’ai été  indemnisée des dégâts dans mon appartement mais depuis ce jour, je souffre du genou et  j’ai dû payer tous les soins. Je compte bien me faire rembourser», explique Yasmine Zaggai, une autre victime. 

Mais pourquoi vouloir mener une action en justice aujourd’hui, sept ans après l’explosion, et ne pas avoir répondu aux appels à victimes ? (Après l’accident, 3 800 appels à victimes ont été envoyés par le parquet). Pour une des avocates de la permanence, Saliha Sadek, « les personnes qui se présentent aujourd’hui sont issues des quartiers difficiles comme la Reynerie ou Bellefontaine. Après l’explosion, ils étaient bien plus préoccupés par leurs problèmes sociaux. L’effervescence médiatique leur a rappelé qu’ils étaient aussi des victimes ». 

« Faire le tri » 

Avant de pouvoir se constituer partie civile, les victimes devront prouver qu’un préjudice nouveau à leur égard est apparu. Par le biais de documents ou certificats médicaux datés de l’époque. « Sans ça, nous ne pourrons accepter leurs demandes. Il faut que nous fassions le tri entre ceux qui sont à l’affût du gain et ceux qui souffrent réellement », tranche la jeune avocate.  

Depuis la fin de la deuxième semaine, la permanence ne se fait plus à la salle Jean Mermoz mais les avocats continuent d’entendre toutes les personnes qui souhaitent faire une demande de constitution. Et ce, jusqu’aux réquisitions du procureur de la République, dans trois mois et demi. Au tribunal de décider si elles rejoindront les 1813 personnes déjà constituées parties civiles.

Publié dans Mes articles de presse | Pas de Commentaires »

« Une radicalisation des points de vue »

Posté par deaazf le 8 mars 2009

Marie-Gabrielle Suraud est sociologue à l’Université Paul Sabatier. Elle revient sur la mobilisation des associations après la catastrophe du 21 septembre 2001.

Après l’explosion, comment la mobilisation s’est-elle constituée? 

La catastrophe a entraîné un mouvement de solidarité. Dans les quartiers les plus touchés, généralement ceux en difficulté, des associations ont été créées pour aider les personnes dans le besoin. En même temps, la thèse de l’attentat ayant été très vite rejetée, les gens se sont mobilisés pour dénoncer et lutter contre les risques industriels.

Sur quoi a débouché la mobilisation des associations environnementales? 

Des débats ont été mis en place entre les pouvoirs publics et les citoyens afin que chacun puisse s’exprimer. D’habitude, la concertation débouche sur un apaisement des tensions. Dans le cas d’AZF, cela a entraîné une radicalisation des points de vues et une mobilisation plus accrue.  

19 associations se sont constituées parties civiles dans le procès. Comment expliquer qu’elles ne se soient pas regroupées? 

La raison est double. Pour les associations de victimes, le regroupement s’est fait sur le mode de la proximité. Pour les associations environnementales, c’est une question de dissensions. Pour réduire les risques industriels, certains pensent qu’il faut peser sur Total, d’autres sur l’Etat.

Publié dans Mes articles de presse | Pas de Commentaires »

«Ce procès va nous faire oublier»

Posté par deaazf le 7 mars 2009

 Françoise Prudhomme s'est constituée partie civile avec le collectif ”Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs”. Elle explique l'importance du procès.  

dsc00601.jpg

“Il ne se passe pas une journée sans qu’on ne pense pas au jour de l’explosion. Elle a bouleversé notre vie. Mon père, blessé par l’explosion, est décédé des suites de ses blessures. Mon mari, lui, est devenu un vrai légume.  Depuis sept ans, je pense à cette journée pratiquement tous les jours. Mon mari aussi. Mais nous n'arrivons pas encore à en parler ouvertement. C'est trop dur. Aujourd’hui, mon mari est parti avant que je me lève. C’était trop dur pour lui de me voir alors que je devais venir témoigner. Il m' a laissé un mot sur la table pour me souhaiter ” bonne chance” . Ce procès va être l’occasion de pouvoir enfin passer à autre chose, surtout si Total et Serge Biechlin sont reconnus coupables. Mais même si ce n'est pas le cas, on pourra enfin essayer de mettre derrière nous tout ça.”

Appelée à la barre le mercredi 4 mars, François Prudhomme, trop émue, n'a pas pu témoigner.

Publié dans Paroles de victimes | Pas de Commentaires »

Quelle vérité pour le procès fleuve?

Posté par deaazf le 6 mars 2009

Accident, attentat, incident électrique ? Depuis le début du procès la semaine dernière, aucune de ces thèses n’a encore été évoquée pour tenter de comprendre ce qui à Toulouse, le 21 septembre 2001, a fait 31 morts et des milliers de blessés. Pour l’instant, nous n’avons eu droit qu’aux formalités : vérification des parties civiles, des témoins et experts appeler à témoigner à la barre et mise en place définitive des prévenus. Malheureusement, cette semaine et les semaines qui suivent ne s’annoncent guère plus exictantes.  Entre les témoins,  l’historique de l’usine AZF à l’époque (réglementation, organisation, sécurité), le récit de la mise en place des secours le jour de l’explosion et le nitrate d’ammonium raconté par les experts, on n’a pas fini d’attendre que la recherche de la cause de l’explosion soit débattue…. Ce n’est que vers la neuvième semaine de procès que les débats sur la thèse retenue par l’instruction_ celle de l’accident chimique causé par un mélange malencontreux entre 300 tonnes de nitrate d’ammonium et un produit chloré (le dccna)_ vont s’ouvrir.  Une thèse dite du « sandwich » plusieurs fois remises en questions par de nombreux chimistes spécialistes du nitrate d’ammonium et dont aujourd’hui la validation semble bancale tant les expertises et  contre expertises ont semél e trouble. Mais l’accident chimique a beau ne pas tenir entièrement  la route,  il trouvera difficilement un contrepoint dans les autres théories , la thèse de l’attentat et de l’incident électrique ayant été évincées dès le début de l’enquête.  

Lisa Etcheberry

Publié dans Edito | Pas de Commentaires »

Ouvriers et sinistrés face à face

Posté par deaazf le 6 mars 2009

Dans ce procès, personne n'est du même côté. Pas même les parties civiles. Appellées à la barre le jeudi 5 mars, celles-ci ont montré des divergences de points de vue.  

dsc0015.jpg

Gérard Ratier, président des familles endeuillées, a perdu son fils dans l'explosion

Premier à s’exprimer lors de cette septième audience, Jacques Mignard, le président de « Mémoire et solidarité ». Lui, parle au nom des anciens salariés de l’usine et se souvient des corps de ses collègues qu’il comptait et recomptait. Des listes d’identification qu’il a dû faire. De l’interdiction qu’il a eu de prévenir les familles. Pour lui, “l’honneur des salariés a été bafoué dès le lendemain de l'explosion quand Jacques Chirac parlé d'erreur de manipulation et que la Dépêche du Midi a parlé “d'usine poubelle”. Doutant des conclusions de l’enquête, il demande à plusieurs reprises au président du tribunal, Thomas Le Monnyer ” que vérité soit faite”. Deuxième président d'association à expliquer les raisons de sa présence dans ce procès, Frédéric Arrou, de l’association des sinistrés du 21 septembre. Lui, parle aux noms des sinistrés. ” Nous n’avons pas de liens affectifs avec cette usine. Elle nous a explosé au visage ”, dit-il. Et d’insister sur l’ampleur de la catastrophe. “Elle a a touché les quartiers riverains. Papus, La Faourette, Le Mirail. Empalot, certains resteront à jamais des victimes d’AZF ”, souligne-t-il. Enfin, Gérard Ratier, président des familles endeuillées se lance dans un réquisitoire contre l'usine. ” Plus personne ne nie le caractère explosif du nitrate d’ammonium sous certaines conditions. Ces conditions ont existé dans le hangar 221 le 21 septembre”, tranche-t-il. Réponse du président Thomas Le Monnyer: “Je vous laisse libre de vos propos, mais si les éléments étaient aussi évidents, nous n’aurions peut-être pas pris quatre mois pour les aborder ”. Le tribunal examinera la thèse de l'accident dans quelques semaines.

Publié dans compte-rendu d'audience | Pas de Commentaires »

Témoignages. La famille Le Doussal s’exprime.

Posté par deaazf le 5 mars 2009

Mercredi 4 mars, la parole a été donnée aux parties civiles. A la barre, les familles de personnes décédées dans la catastrophe racontent comment ils ont vécu cette journée. Le récit se fait souvent la voix tremblante, parfois entre deux sanglots. Extraits de témoignages de la famille Le Doussal. 

Annabelle, la mère : “Mon mari était inquiet”

dsc0024.jpg

« Mon mari était ma moitié. C’était quelqu’un de droit. La semaine qui a précédé l’explosion il semblait fatigué mais il ne me parlait pas de son travail. Un jour, il m’a juste déclaré qu’il « en faudrait peu pour que cela explose ». Il était inquiet. Il avait conscience qu’il aurait fallu arrêter la production d’usine et il s’en était référé à Monsieur Biechlin. Il n’a pas eu de réponse. Le jour de la catastrophe, il a emmené Brice à l’école et il est parti travailler. Moi aussi je travaillais ce jour-là. Quelques minutes avant  l’explosion, j'ai eu mon mari au téléphone et à la fin de notre conversation, il m’a dit « je t’aime ». Ca m'a surprise car mon mari était très pudique et ne disait pas souvent ce genre de choses. N’ayant pas de nouvelles de lui après l’explosion, j’ai arpenté les couloirs de l’hôpital de Rangueil. Des proches se sont renseignés auprès d’autres hôpitaux. On a mis quatorze heures avant de me prévenir que mon mari était décédé. J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi personne de l’usine n’est venu me prévenir. Aujourd’hui, j’attends de ce procès la vérité pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise jamais».

Brice et Lucie, les enfants : “Cela marque les esprits”

dsc0036.jpg

Brice: « Quand l’explosion a eu lieu, j’étais à l’école. Quand maman rentra le soir à la maison, elle avait cherché papa toute la journée. Vers minuit, elle a reçu un appel et m’a dit qu’il était vivant. Mais le matin, quand je me suis réveillé, elle était à genou, effondrée. J’ai compris tout de suite. J’ai été voir mon père à la morgue. De voir son père avec un visage inanimé et le thorax enfoncé, ça marque les esprits ».

Lucie: « Le 21 septembre, je n’étais encore qu’une jeune fille innocente. J’avais huit ans. Le 22 septembre, ça a été la pire journée de ma vie. C’est le jour où ma mère m’a dit « Ton papa est mort ».  J’ai vu mon père à la morgue. Je voulais lui dire au revoir car je ne lui avais pas dit au revoir. Aujourd’hui je ne souhaite qu’une chose : que justice soit faite. Je veux enfin comprendre ce qui s’est passé ».

Photos: François Desplans

Publié dans Paroles de victimes | Pas de Commentaires »

Le procès en quelques chiffres

Posté par deaazf le 2 mars 2009

4 prévenus 

1813 parties civiles 

51 avocats

70 experts et témoins

80 médias

250 journalistes

3,7 millions d'euros de frais de justice

3,8 millions d'euros d'organisation du procès

1 600 places assises dans la salle d'audience

Publié dans Quelques chiffres | Pas de Commentaires »

« Une affaire qui détruira toute ma vie »

Posté par deaazf le 27 février 2009

Lors de la troisième audience du procès, Serge Biechlin a montré une grande émotion devant le tribunal correctionnel de Toulouse où il comparaît pour négligences dans l’explosion du 21 septembre.  

Pour la première fois depuis l’ouverture du procès, l’ancien président de l’usine AZF a pris la parole, jeudi 26 février, devant le tribunal correctionnel de Toulouse. Jugé aux côtés de la société Grande Paroisse pour sa responsabilité dans l’explosion qui a fait 31 morts et des milliers de blessés le 21 septembre 2001, il a exprimé sa compassion la plus totale pour toutes les victimes et a déclaré : « Cette affaire est unique pour moi. Elle détruira toute ma vie ». Au bord des larmes, il a raconté sa journée du 21 septembre indiquant que 21 des personnes décédées lors de l’explosion travaillaient sur le site qu’il dirigeait, cinq d’entre elles oeuvrant à ses côtés quotidiennement. Le jour de l’explosion, il était de retour de vacances de l’Ile de Ré.  Dans une salle d’audience très silencieuse, il a raconté que ce jour là, alors qu’il roulait en direction de Toulouse et de l’usine,  « tous les cent mètres c’était pire, c’était un paysage de guerre ».  Serge Biechlin et la société Grande Paroisse, filiale de Total, sont jugés pour « homicides et blessures involontaires, dégradations ou destructions de biens par négligence et manquements à des règles de sécurité ». Selon l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction Thierry Perriquet, rendue après six années d’enquête et d’expertises, l’explosion du 21 septembre est un accident industriel. Elle aurait été causée par un mélange malencontrueux d’une susbtance chlorée (le DCCNa) et de 300 tonnes de nitrate d’ammonium dans un hangar de stockage (le hangar 221). Cette ordonnance pointe les manquements graves d’AZF en termes de sécurité qui ont permis le mélange des deux produits. Serge Biechlin, jugé comme personne physique, et Grande Paroisse, jugée comme personne morale, doivent donc répondre de plusieurs actes ayant provoqué l’accident chimique. Leur sont reprochés notamment une mauvaise gestion des déchets, l’abscence de dispositif pour informer le personnel de la dangerosité des produits et le stockage de plus de 500 tonnes de nitrate d’ammonium. Enfin, ils devront s’expliquer sur la sous-traitance du bâtiment dans lequel se trouvait la fameuse substance chlorée. Devant le tribunal correctionnel et son président Thomas Le Monnyer, Serge Biechlin et Grande Paroisse devront aussi répondre d’ infractions au code du travail, notamment d’ « abscence de traçabilité des produits entrant dans le hangar 221,  d’abscence de contrôle de procédure et d’abscence de directive pour le stockage du nitrate d’ammonium. » A la barre hier, Serge Biechlin n’a pas été seul à prendre la parole. Daniel Grasset, le directeur général de Grande Paroisse, a rendu hommage aux salariés présents sur le site. Pour lui, ils « ont évité que se produisent des suraccidents ».  Les deux hommes, n’avançant aucun argument pour leur défense, ont réclamé la vérité sur l’affaire. « Je suis déterminé à ce que la vérité telle quelle soit apparaisse. Je n’accepterais pas une vérité dérisoire. Je voudrais qu’on éclaire librement les débats », a indiqué l’ancien directeur de l’usine. Le tribunal correctionnel a 4 mois pour statuer sur leur sort. 

Publié dans compte-rendu d'audience | Pas de Commentaires »

23 février 2009. Comment le 1er jour du procès m’a donné l’idée du blog.

Posté par deaazf le 26 février 2009

9h. Un grand jour à marquer au fer rouge. Ce matin, mon directeur d’école m’a remis le « sésame ». Une accréditation pour ce qui est annoncé comme le plus grand procès industriel que le France n’a jamais connu. Un procès où près de 250 journalistes seront présents. Un procès de 4 mois au coût de 3,7 millions, où plus de 1600 parties civiles seront représentées. Un procès avec  51 avocats et 70 témoins et experts à la barre. Pour moi, encore étudiante en journalisme (à l’ EJT Toulouse), c’est un événement. Oui mais voilà, pas de piges à l’horizon, pas de papiers à écrire, seulement l’incertitude de pouvoir, un jour pendant le procès, aider le correspondant de Libération Toulouse, Gilbert Laval, à couvrir l’événement en cas d’empêchement ou de trouver des idées de papiers à vendre aux Dna (Dernières Nouvelles d’Alsace) où je viens de passer quinze jours en stage.

Mais bon, j’ai l’accréditation, le badge n° 51, et le procès commence aujourd’hui. Je vais quand même y aller, histoire de voir.

13h30. Arrivée devant la salle Jean Mermoz. Dans le parking dédié à la presse, des dizaines de camions de la télé ont pris place les uns à côté des autres : Canal, M6 , France 3, I télé…Tout le beau monde de la presse audiovisuel a fait le déplacement. Impressionnant, je n’avais jamais vu autant de télé en même temps. Certains déballent encore leurs matériels, d’autres s’avancent rapidement vers l’entrée, pressés d’arriver.

Dans la foule, j’aperçois un journaliste de Métro. Ah, il y a aussi le correspondant de France info Toulouse, Stéphane Iglesis, nagra en main, prêt à mener un interview avec une des nombreuses personnes qui s'est portée partie civile. Décidément, tout le monde est là. Devant les grilles d’entrée, une cinquantaine de personnes attendent. Certainement des parties civiles.  Que faire ? Aller les voir et tenter d’amorcer une discussion, quitte à tenter de trouver un Alsacien qui pourrait témoigner, de manière à ce que je fasse un papier pour les DNA?  Non, les Dernières Nouvelles d’Alsace ne sont pas ma priorité et, trouver un Alsacien dans le lot, ça paraît compliqué. Un peu plus loin, une dizaines de personnes casquettes blanches vissées sur la tête _sur lesquelles est écrit « AZF la vérité »_ se sont regroupées.  Mais c’est qui ? Des parties civiles ? Des témoins ? Une amie me souffle qu’il s’agit des anciens salariés de l’usine. C’est pas parmi eux que je vais dénicher un Alsacien.

13h50. Un peu perdue devant l’ampleur de l’événement, je m’avance, d’un pas hésitant, devant la salle Mermoz. Tiens, des châpiteaux pour les radios ont été montées. Ah, certaines télé installent leurs matériels.  Sûrement pour leurs plateaux de ce soir…En bas des marches qui permettent d’accéder à la salle d’audience,  André Malvy (président de la région Midy-Pyrénées),  Pierre Izard ( président du Conseil général de Haute-Garonne), et Pierre Cohen (maire PS de Toulouse), tous trois parties civiles, se tiennent debout, encerclés par les caméras et appareils photos. Les reporters d’images se bousculent pour avoir la meilleure image, les preneurs de son tendent leurs perches pour obtenir le meilleur son et les journalistes essaient de s’imposer pour poser leurs questions. Je reste à l’écart. De toute façon, je n’arrive pas à me faufiler pour me faire une place. Quand les trois hommes se décident à monter les marches, les photographes, déjà positionnés en hauteur, mitraillent. Les flashs crépitent, les trois hommes prennent le temps, ralentissent le pas. Quelques secondes après, et quelques mètres plus bas,  les télés, qui ont vu passer le représentant de Total dans l’allée se jettent sur lui. Un journaliste, arrivé quelques secondes après, se met même à courir pour les rattraper. Décidément, la salle Mermoz ressemblerait presque au Palais des Festivals…

14h20. Entrée dans la salle. Accréditation en main, je m’assois là où il est indiqué « presse » ( 3 rangs sur  4 sont déjà remplis) devant les rangées des « témoins », et des « parties civiles » et derrière les « experts ».  Bien installés sur les chaises en plastique, la plupart de mes collègues ont déjà sortis leurs ordinateurs et se sont mis au travail, certains lisant des dossiers sur AZF, d’autres parlant avec des avocats.  Pleine de doutes sur les raisons qui m’ont fait venir ici, je m’assois sur une des chaise qui m’est dédiée. Je croise Gilbert Laval (le correspondant de Libé Toulouse). Enfin un visage amical parmi tous ces inconnus. Là, il me présente une des avocate de la partie civile (Agnes Caséro). La seule question que je trouve à lui poser :  « il y a des Alsaciens dans le procès ? ». Non. Dommage, elle ne le sait pas. Décidément, c’est pas mon jour.

15h10. Cinq minutes avant le début de l’audience,  Serge Biechlin, l’ancien directeur de l’usine AZF, est assailli par les caméras et les photographes. Debout, au premier rang, les flashs le mitraillent. Quelques minutes à droite, quelques minutes à gauche du prévenu, tout a été organisé. Ca bouge dans tous les sens. Droit comme un I, sans sourciller, Serge Biechlin joue le jeu. Il a beau tourner le dos aux parties civiles, on ne peut que comprendre qu’il est bien le seul visé dans l’affaire. Le président du tribunal (Thomas Le Monnyer) demande aux journalistes de « quitter la salle ». Fin de la scéance photo.

15h15.Le procès commence. Pendant près de deux heures, on fait défiler les témoins pour fixer les jours d’audience de chacun.

17h50. A la pause, je prend 10 minutes pour aller fumer une cigarette. Dehors, l’avocat de Serge Biechlin (Daniel Soulez-Larivière) est encerclé par une horde de journalistes. Quelle sera votre défense ? Comment se sent votre client ? Les questions fusent. L’avocat répète les réponses deux, voire trois fois pour ceux qui ne pouvaient pas être là à la première interview. Mon calepin à la main, je tends l’oreille, je n’entends rien. Je me fais bousculer par certains de mes collègues. J’espère que je n’aurai pas des bleus sur le corps…Bon, je rentre.

18h. Avant que l’audience reprenne, j’arrive quand même à avoir le numéro du vice-président du comité de défense d’une association de victimes. On sait jamais…peut-être qu’il y a un Alsacien dans son association…Même moi, je n’y crois plus…Il me répond qu’il ne sait pas. Décidément, trouver un Alsacien, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.  Hésitante, je lui demande s’il serait d’accord pour quelques questions. Peut-être que je pourrai oublier l’Alsacien et m’intéresser aux personnes présentes.…Oui me dit-il. Bingo, je vais pouvoir bosser. Au moment où je prends son numéro, je comprends qu’il a déjà donné nombreuses interviews aux journalistes. Si je l’interview, je ne sortirai rien de nouveau sur le procès. Pas très intéressant. Je veux vraiment essayer de faire quelque chose de personnel. Mais qui dois-je rencontrer ? Que dois-je faire pour traiter l’événement de manière originale ? Sous les conseils avisés de deux proches, je me décide enfin. Je vais créer un blog. Voilà, vous y êtes. Je vais tenter de raconter ce procès à travers ma petite expérience, mon regard, selon mes humeurs et mes envies.

Lisa Etcheberry

Publié dans Edito | Pas de Commentaires »

 

 un Blog, des Blogs Un Blog, des Blogs - Vous pouvez, vous aussi créer un blog !