Un expert bien brouillon

Posté par deaazf le 24 mars 2009

Mardi 24 mars, le chef du collège d’experts, Daniel Van Schendel, est venu témoigner. C’est lui qui, le 28 septembre 2001, a remis une note au parquet de Toulouse, indiquant « que l’explosion découle d’une cause accidentelle liée à des mauvaises conditions de stockage et d’hétérogénéité du nitrate d’ammonium. » Son audition n’a pas permis de comprendre ce qui l’avait poussé à une telle conclusion.  

Pourquoi Daniel Van Schendel a-t-il pensé , une semaine après l’explosion, qu’il s’agissait d’un accident ? Pourquoi a-t-il aussi rapidement écarté la piste d’un acte volontaire ? Le Président du tribunal, Thomas le Monnyer, en entendant Daniel Van Schendel comme témoin, voulait des précisions. Sur les conclusions de cette note et le contexte dans lequel l’expert a été amené à la rédiger. Un peu tassé dans sa veste grise, Daniel Van Schendel, petit homme dégarni au visage émacié, s’est donc efforcé de défendre ses premières observations et notamment celle-ci. « S’il y avait eu un acte volontaire, le tas de nitrate n’aurait pu explosé que s’ il y avait eu une amorce » est-il écrit dans sa note. Daniel Van Schendel explique donc avoir fondé son travail sur la forme particulière du cratère de l’explosion. Une forme elliptique et allongée, dissymétrique et irrégulière, qui l’a très vite interpelé. « S’ il y avait eu un explosif placé au coeur du tas, il est certain qu’on aurait eu un cratère homogène, d’une forme totalement différente », explique-t-il. Une déclaration que la défense ne tarde pas à tâcler. « Dans votre rapport du 28 septembre, il n’a jamais été question de la forme du cratère. Pas plus que de la recherche d’un détonateur » lui lance Me Courrégé. Me Forget, avocat d'une des parties civiles, s’interroge : « Comment pouvez-vous exclure autre chose que l’accident ?». Réponse évasive de Daniel Van Schendel : « Le point d’initiation n’est pas l’épicentre de l’explosion ». Même Thomas Le Monnyer s’interroge.  « Dans une affaire aussi complexe, voir les experts déposer une note si tôt (une semaine après l’explosion),cela paraît très court.  Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu être plus prudent ? » questionne le Président. Réponse de Daniel Van Schendel. « Effectivement, on s’est un positionné. On aurait pu être plus prudent ». Jeudi, l’expert viendra à nouveau à la barre. Aurons-nous plus d’explications ? 

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Ouvriers et sinistrés face à face

Posté par deaazf le 6 mars 2009

Dans ce procès, personne n'est du même côté. Pas même les parties civiles. Appellées à la barre le jeudi 5 mars, celles-ci ont montré des divergences de points de vue.  

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Gérard Ratier, président des familles endeuillées, a perdu son fils dans l'explosion

Premier à s’exprimer lors de cette septième audience, Jacques Mignard, le président de « Mémoire et solidarité ». Lui, parle au nom des anciens salariés de l’usine et se souvient des corps de ses collègues qu’il comptait et recomptait. Des listes d’identification qu’il a dû faire. De l’interdiction qu’il a eu de prévenir les familles. Pour lui, “l’honneur des salariés a été bafoué dès le lendemain de l'explosion quand Jacques Chirac parlé d'erreur de manipulation et que la Dépêche du Midi a parlé “d'usine poubelle”. Doutant des conclusions de l’enquête, il demande à plusieurs reprises au président du tribunal, Thomas Le Monnyer ” que vérité soit faite”. Deuxième président d'association à expliquer les raisons de sa présence dans ce procès, Frédéric Arrou, de l’association des sinistrés du 21 septembre. Lui, parle aux noms des sinistrés. ” Nous n’avons pas de liens affectifs avec cette usine. Elle nous a explosé au visage ”, dit-il. Et d’insister sur l’ampleur de la catastrophe. “Elle a a touché les quartiers riverains. Papus, La Faourette, Le Mirail. Empalot, certains resteront à jamais des victimes d’AZF ”, souligne-t-il. Enfin, Gérard Ratier, président des familles endeuillées se lance dans un réquisitoire contre l'usine. ” Plus personne ne nie le caractère explosif du nitrate d’ammonium sous certaines conditions. Ces conditions ont existé dans le hangar 221 le 21 septembre”, tranche-t-il. Réponse du président Thomas Le Monnyer: “Je vous laisse libre de vos propos, mais si les éléments étaient aussi évidents, nous n’aurions peut-être pas pris quatre mois pour les aborder ”. Le tribunal examinera la thèse de l'accident dans quelques semaines.

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« Une affaire qui détruira toute ma vie »

Posté par deaazf le 27 février 2009

Lors de la troisième audience du procès, Serge Biechlin a montré une grande émotion devant le tribunal correctionnel de Toulouse où il comparaît pour négligences dans l’explosion du 21 septembre.  

Pour la première fois depuis l’ouverture du procès, l’ancien président de l’usine AZF a pris la parole, jeudi 26 février, devant le tribunal correctionnel de Toulouse. Jugé aux côtés de la société Grande Paroisse pour sa responsabilité dans l’explosion qui a fait 31 morts et des milliers de blessés le 21 septembre 2001, il a exprimé sa compassion la plus totale pour toutes les victimes et a déclaré : « Cette affaire est unique pour moi. Elle détruira toute ma vie ». Au bord des larmes, il a raconté sa journée du 21 septembre indiquant que 21 des personnes décédées lors de l’explosion travaillaient sur le site qu’il dirigeait, cinq d’entre elles oeuvrant à ses côtés quotidiennement. Le jour de l’explosion, il était de retour de vacances de l’Ile de Ré.  Dans une salle d’audience très silencieuse, il a raconté que ce jour là, alors qu’il roulait en direction de Toulouse et de l’usine,  « tous les cent mètres c’était pire, c’était un paysage de guerre ».  Serge Biechlin et la société Grande Paroisse, filiale de Total, sont jugés pour « homicides et blessures involontaires, dégradations ou destructions de biens par négligence et manquements à des règles de sécurité ». Selon l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction Thierry Perriquet, rendue après six années d’enquête et d’expertises, l’explosion du 21 septembre est un accident industriel. Elle aurait été causée par un mélange malencontrueux d’une susbtance chlorée (le DCCNa) et de 300 tonnes de nitrate d’ammonium dans un hangar de stockage (le hangar 221). Cette ordonnance pointe les manquements graves d’AZF en termes de sécurité qui ont permis le mélange des deux produits. Serge Biechlin, jugé comme personne physique, et Grande Paroisse, jugée comme personne morale, doivent donc répondre de plusieurs actes ayant provoqué l’accident chimique. Leur sont reprochés notamment une mauvaise gestion des déchets, l’abscence de dispositif pour informer le personnel de la dangerosité des produits et le stockage de plus de 500 tonnes de nitrate d’ammonium. Enfin, ils devront s’expliquer sur la sous-traitance du bâtiment dans lequel se trouvait la fameuse substance chlorée. Devant le tribunal correctionnel et son président Thomas Le Monnyer, Serge Biechlin et Grande Paroisse devront aussi répondre d’ infractions au code du travail, notamment d’ « abscence de traçabilité des produits entrant dans le hangar 221,  d’abscence de contrôle de procédure et d’abscence de directive pour le stockage du nitrate d’ammonium. » A la barre hier, Serge Biechlin n’a pas été seul à prendre la parole. Daniel Grasset, le directeur général de Grande Paroisse, a rendu hommage aux salariés présents sur le site. Pour lui, ils « ont évité que se produisent des suraccidents ».  Les deux hommes, n’avançant aucun argument pour leur défense, ont réclamé la vérité sur l’affaire. « Je suis déterminé à ce que la vérité telle quelle soit apparaisse. Je n’accepterais pas une vérité dérisoire. Je voudrais qu’on éclaire librement les débats », a indiqué l’ancien directeur de l’usine. Le tribunal correctionnel a 4 mois pour statuer sur leur sort. 

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